Atelier de Reliure de Rochebonne

Association de loisir - Statut loi 1901

Toutes les informations sur le cours de reliure

Horaires de l’atelier de reliure

Les horaires d’ouverture des ateliers de reliure et de dorure sont indiquées dans le tableau en bas de page.

Pendant les vacances scolaires, généralement l’atelier est ouvert une ou deux après-midi par semaine en “atelier libre”.

Lorsque l’atelier fonctionne en “atelier libre”, il n’y a pas de professeur. Chaque membre est autonome et travaille selon ses connaissances. L’encadrement est assuré par un animateur bénévole.

Jour Matin Après-midi
Lundi 14h00 à 17h00 Atelier libre - Dorure
Mardi
Mercredi 14h00 à 17h00 Reliure
Jeudi 14h00 à 17h00 Reliure
Vendredi 9h00 à 12h00Atelier libre - Dorure 14h00 à 17h00 Reliure
Samedi 9h30 à 12h30 Reliure
Dimanche

Conditions d’inscription

Il est possible de s’inscrire à l’atelier de reliure quel que soit son niveau. Chaque année l’atelier forme des relieurs débutants, tandis que d’autres viennent se perfectionner. La seule contrainte pour s’inscrire est naturellement de s’engager à respecter le règlement de l’association.

Le tarif d’inscription pour la période du 1er septembre 2017 au 31 août 2018 est de 455 euros, soit moins de 15 euros les 2 séances hebdomadaires. Ce tarif comprend :

Procédés de reliure et articles

Le stage papier et le suminagashi

Le suminagashi

Le matériel nécessaire est le suivant :

Avec le gros pinceau on fait tomber une goutte d’encre de Chine sur l’eau et immédiatement on y met un peu de fiel : l’encre forme alors des cercles concentriques. L’opération peut être répétée jusqu’à l’obtention d’un motif satisfaisant.

On pose alors le papier sur la surface de l’eau et le motif s’imprime. On retire le papier du bac et on le plonge dans celui d’eau propre pour le fixer … et on laisse sécher avant un passage sous presse.

Le papier à la colle

Le matériel nécessaire est le suivant :

Le papier déchiré

Le matériel nécessaire est le suivant :

On déchire quelques feuilles de magazine plus ou moins régulièrement, en morceaux, en bandes … et on colle ces morceaux sur une feuille. Quand la colle est sèche on ponce pour effacer les textes et photos. Ensuite le papier est teinté de la couleur désirée avec de la teinture pour cuir. Après séchage et passage en presse, le papier est ciré.

La reliure en aumônière

Le livre de poche au Moyen-âge

Fig.1 : La Vierge Marie aux marches du Temple Bois peint en 1493 par Hans Holbein l’Ancien. Autel Weingartner de la cathédrale d’Augsbourg

Au Moyen-âge, les vêtements étaient dépourvus de poches. Tous les objets précieux et personnels, qui devaient être transportés sur soi, étaient par conséquent fixés à la ceinture. C’était le cas des petits sacs en aumônière, des bourses, des almanachs et autres petits objets.

En ces temps, la religion prenait une part importante dans la vie des gens, aussi il était bien vu d’emporter sur soi un livre de prières. Il fut créé des livres d’heures de petites dimensions, se portant à la ceinture, et dotés d’une poche les protégeant des intempéries. Une nouvelle forme de reliure était née.

C’est cet étonnant petit objet que vous présente cet article. Selon les régions et les langues, il se nomme de différentes manières : livre de moine, livre en aumônière, livre de ceinture, livre à queue, livre à poche ou poche à livre. En France, on le nomme généralement livre en aumônière.

Un petit patrimoine à redécouvrir

Fig. 2 : Reliure en aumônière dont la poche a été coupée - Manuscrit 519-15 contenant deux textes en latin - Vers l’an 1300 - Musée Hiertas Röhsska à Göteborg (Suède).

C’est seulement à partir des années 1990 que des chercheurs s’intéressèrent sérieusement à ce type de reliure. De nos jours, le patrimoine mondial contiendrait trente-trois reliures en aumônière, en bon état et complètes. Elles sont très rares, pour les principales raisons suivantes.

L’une est commune à l’ensemble des livres du Moyen-âge. Les chercheurs estiment, que seulement 5% des livres médiévaux nous sont parvenus dans leur état d’origine. Les autres furent perdus par accident, ou détruits parce qu’ils n’étaient plus d’actualité (c’est le cas des livres de science), ou placés dans une reliure plus moderne, ou recyclés pour en récupérer les coûteux matériaux.

Une autre raison est spécifique à ce type de reliure : lorsque les bibliothécaires de la période de la Renaissance rangèrent les livres verticalement, ils coupèrent complètement ou partiellement les poches, laissant ainsi peu de trace de l’existence de ces reliures.

Les illustrations du livre de poche

Fig. 3 : Pierre tombale datant de 1312 Couvent des Jacobins à Paris.

Plus de huit cents représentations artistiques de livres en aumônière existent sur des fresques, des enluminures, des tableaux peints, des sculptures ou des pierres tombales.

Ces œuvres artistiques furent produites durant la période du douzième au dix-septième siècle. La représentation la plus ancienne figure dans le manuscrit Hortus Deliciarum, une sorte d’encyclopédie médiévale illustrée. Elle fut rédigée en 1158 par Herrade de Landsberg, religieuse et abbesse de Landsberg. Vers la moitié du seizième siècle, la fabrication des reliures en aumônière fut abandonnée, mais par tradition, les artistes continuèrent à les faire figurer sur leurs œuvres.

Le plus souvent les tableaux représentent des personnes notables ou religieuses, en particulier des personnages saints de la religion chrétienne. Dans la majorité des cas, le livre est mis en premier plan, comme un accessoire valorisant le personnage qui le porte.

Le rôle social du livre de poche

Le livre occupait une place particulière dans la société médiévale, car :

A une époque où les livres étaient habituellement enchaînés sur les étagères des bibliothèques et des scriptoriums, la nouveauté fut que les livres de poche apparurent dans un contexte public.

Le texte dans le livre de poche

Au Moyen-âge, le livre était rare et lorsqu’une personne détenait au moins un livre, il s’agissait souvent d’un livre religieux, plus précisément d’un livre d’heures. C’est pour cette raison que les livres religieux sont aujourd’hui majoritaires dans les inventaires. Néanmoins, il existait différents styles de textes : juridique, scientifique, politique, scolastique, historique.

Parmi les livres en aumônières qui nous sont parvenus, vingt-trois contiennent un texte ayant un caractère religieux et quatre sont des livres juridiques.

Sous une autre forme de livre de poche, il est parvenu jusqu’à aujourd’hui des calendriers astrologiques et astronomiques, ainsi que des aides-mémoire de médecine. Les chercheurs ont découvert que les reliures en aumônière était aussi utilisées comme carnets de notes ou livres de comptes par les négociants et les commerçants. Enfin, il semble que l’un des deux manuscrits de Copenhague ait appartenu à un juge qui rendait une justice itinérante.

Description des livres en aumônière

Les livres en aumônières furent fabriqués pendant une période de 250 ans. Les scribes et les relieurs utilisèrent les techniques connues et les matériaux disponibles de leur époque.

Du treizième au quinzième siècles, les livres étaient manuscrits. Les scribes utilisèrent du parchemin fabriqué avec de la peau de chèvre ou de mouton. Au quatorzième siècle, ils employèrent progressivement le papier de lin, dont la fabrication, issue du recyclage des chiffons, devenait moins onéreuse.

A la fin du quinzième siècle, l’imprimerie se perfectionnant, elle permit la reproduction de textes à grande échelle.

Les reliures en aumônière de l’époque gothique étaient conçues en une seule partie : la poche était intégrée à la reliure. Puis à la Renaissance, elles furent composées de deux parties : une reliure normale et une chemise en cuir ou en tissu de velours qui recouvrait la première reliure.

Exemples de réalisations de l’atelier de reliure

Realisation de livre en aumônièreFig. 6 : Réalisation de deux livres en aumônières, l’un chemisé et l’autre en reliure primaire.

Pour l’exposition présentée en juin 2012 au château de la Briantais à saint-Malo, il fut réalisé différentes reliures en aumônière.

Le mannequin vêtu d’une cotte verte : (Messire Zigoth) porte à sa ceinture une reliure chemisé en peau de porc, fermée par un fermoir en cuir. La reliure est coincée dans la ceinture par un nœud turc.

Dame Zigoth porte une reliure en peau de mouton teintée en vert, décorée par des motifs estampés à chaud, dotée de cabochons, et maintenu fermée par fermoir amovible en cuir cousu. La reliure est coincée dans la ceinture par un crochet en alliage de cuivre cousu sur la poche.

Voici un second exemple, une reliure en aumônière présentée lors de l’exposition au château de la Briantais.

Il s’agit d’une reliure dont les ais sont en bois, elle est recouverte de mouton et décorée par un estampage réalisé à chaud. L’estampage est souligné à la peinture à l’œuf. Le fermoir est réalisé en alliage de cuivre et de zinc, découpé et formé à chaud.

Les sources d’information de cet article

abrication de papier décoré

Le stage

Chaque année, l’Atelier de Rochebonne crée un stage de fabrication de papier décoré qui réunit une dizaine de stagiaires dans une bonne ambiance. La fabrication de papier décoré est une activité à la fois utile et ludique. Utile, car elle permet de créer “sur mesure” les papiers qui serviront aux couvertures de livres ou aux pages de garde ; chacun ayant la possibilité de créer selon ses besoins et sa sensibilité : la couleur, la matière, la densité ou le motif du décor. L’aspect ludique est loin d’être négligeable, il est même essentiel, car quoi de plus drôle que d’essuyer ses mains pleines de colle d’amidon sur son tablier, quoi de plus amusant que de faire des petits pâtés de peinture, ou de faire flotter des couleurs … Et puis, l’atelier étant situé dans une ancienne école maternelle, les petits plaisirs doivent être à la hauteur du lieu !

Les techniques de fabrication de papier décoré sont nombreuses et très variées, et une étude complète demanderait beaucoup de temps, toutefois la journée a permis d’aborder le papier à la colle, le papier déchiré et le papier marbré à la cuve, si bien que tour à tour, les relieurs sont devenus dominotier, plasticien, puis marbreur. J’allais oublier gastronome, car l’heure de midi a été réservée à un banquet entre amis, servi des mets les plus fins et des meilleurs vins…

Chaque stage surprend par la qualité des réalisations et la créativité des stagiaires. Mais plus que d’habitude, celui-ci a été à l’origine d’une production très riche. Dans cet article, je balayerai les principales techniques mises en œuvre, illustrées par quelques photographies prises durant cette journée.

Le papier à la colle

Le papier à la colle est une technique très ancienne et particulièrement simple à mettre en œuvre, car elle consiste à mélanger de la couleur avec de la colle. Les couleurs peuvent être des pigments naturels, de la gouache ou de la peinture acrylique. La colle peut être au choix de la colle de pâte (farine cuite à l’eau), de la colle d’amidon de riz ou de la colle méthyle-cellulose (colle à papier peint).

Fig.2 : Papier à la colle en cours de réalisation

La couleur et la colle très liquide sont mélangées et travaillées en motif sur une feuille de papier préalablement mouillée. La colle étant chargée avec beaucoup d’eau, l’artiste-dominotier peut travailler avec beaucoup de matière, jouer sur la transparence ou sur la fluidité du mélange. La mise en œuvre doit être rapide, car l’eau s’évapore en partie et pénètre dans le papier.

Cette technique offre un choix très large d’effets, et comme le procédé est facile à maîtriser, il assez facile de reproduire le même effet ou le même motif, et créer des séries de papiers, qui sont très utiles lorsque l’on relie des œuvres composées de plusieurs volumes.

Les effets et motifs sont réalisés avec les outils les plus inattendus : les dents d’une fourchette, des éponges, des dominos, des pommes de terre taillées en forme, ou comme sur la photographie (fig.2) avec une éponge métallique !

Voici un petit échantillon de ce qui a été créé, où sur une note assez abstraite, aucun papier ne se ressemble.

Fig.3 : Trois exemples de papier à la colle

Le papier déchiré

Le papier déchiré est une technique moderne, qui est promue en France par Florian Rousseau. Le procédé est plutôt simple et le résultat très surprenant. C’est une technique où l’on détourne la matière, on la modèle, on la recycle, et plus l’artiste détourne la matière de son premier usage, plus il éprouve du plaisir.

Techniquement, on déstructure des matériaux que l’on colle, que l’on ponce, que l’on colore, et dont on traite la surface … enfin, c’est le principe et fil conducteur, car on peut faire un peu ce que l’on veut et ce que l’on ressent devant la matière première ! Le résultat ressemble souvent à des matériaux usés, patinés, lustrés…

Pour cette journée, les stagiaires ont utilisé des magazines déchirés en bandes, puis collées entre-elles sur du papier. Après avoir pressé le collage, il a été délicatement poncé avec du papier abrasif très fin. Enfin, la mise en couleur a été réalisée avec du colorant à l’aniline mélangé avec de l’alcool. Pour terminer, après séchage le papier décoré a été traité simplement à la cire d’abeille. Le résultat fut un papier ayant pour certains l’aspect visuel du bois et pour d’autres celui de la tôle d’acier.

Mais quoi de plus parlant que de montrer un échantillon des créations (fig.4 et 5) de nos artistes-plasticiens dont voici une photographie.

Le papier marbré à la cuve

Le papier marbré à la cuve est par nature le papier décoré qui fait rêver, il est chargé d’une certaine noblesse, il est reposant pour l’œil et l’esprit, bref il est harmonieux. C’est le papier décoré traditionnel inventé durant le moyen-âge par les persans, maîtrisé par les turcs et introduit en France à la fin du XVIIème siècle, alors que la France hébergeait les meilleurs relieurs.

Si l’on rêve devant ce type de papier décoré, c’est aussi parce qu’il n’est pas aussi aisé à fabriquer qu’il y parait : les recettes ne sont pas secrètes mais la mise en œuvre est délicate… Le principe de base est de faire flotter de la couleur sur un bain d’eau dont la densité a été augmentée par l’addition d’un gel. La couleur est projetée sur la surface du bain, elle flotte et se disperse, le marbreur réalise des dessins en forme de volutes, puis il dépose sa feuille de papier sur le bain, la couleur pénètre dans le papier par capilarité, il retire sa feuille la rince et la sèche.

Le bain est constitué d’eau douce mélangé avec un gélifiant : de la colle méthyl-cellulose, de la gomme agar-agar, de la gomme adragante ou de la gellose de caraguen. En réglant la densité du bain, les motifs varient ; avec un bain très liquide, on obtient l’effet “caillouté” typique des papiers de garde du XIX ème siècle ; avec un bain peu liquide, la couleur se déplace très peu et on peut travailler les motifs en volutes typiques des papiers de garde du XVIII ème siècle.

La couleur est composée traditionnellement de pigments naturels préparés à l’eau, au fiel de bœuf et à l’alun, mais il est plus facile de travailler avec des encres typographiques (grasses) ou des encres à l’eau, de la peinture à l’huile ou de la peinture acrylique. La difficulté étant de faire flotter la couleur en réglant sa densité par rapport à celle du bain …

Les grands marbreurs ont une telle maîtrise de leur art qu’ils parviennent à réaliser des véritables chefs-d’œuvre, cet art traditionnel turc est nommé : Ebru. La maîtrise du motif est obtenue par l’ordre dans lequel les couleurs sont déposées et la capacité à se repousser entre-elles.

Pour conclure …

Et pour conclure ce petit reportage… vous aussi, vous pouvez acquérir ces compétences en vue de réaliser vos chefs-d’œuvre, mais pour cela il faut nous rejoindre à l’Atelier de Rochebonne de Saint-Malo.

A bientôt !

Le carnet à dessins en structure croisée de Catherine

Fig.1 : Le livre fini !

Pour ce premier reportage, nous vous invitons à suivre le projet de Catherine. Il ne s’agit pas véritablement d’un livre, c’est un carnet à dessins ; lorsque le reliure sera terminée, il restera à son heureux propriétaire à créer l’histoire qui donnera vie à l’ouvrage.

Catherine nous explique ce qu’elle a souhaité réaliser :

"Moi j’aime bien la reliure croisée, parce qu’elle a quelque chose de rustique, de souple et de pratique. Cela me semble bien adapté aux carnets de dessin, mais aussi pour les livres de jardinage, de bricolage ou de cuisine, qui nécessitent d’être bien protégé contre les chocs et demandent une grande souplesse. Le cuir est utilisé à l’état brut sans être paré, l’épaisseur du cuir procure alors un contact particulier avec le livre.

Les livres reliés en structure croisée peuvent s’emmener n’importe où ; ils ne sont pas fragiles et me donnent le sentiment qu’ils ont traversé le temps et qu’ils vont continuer à le faire encore… "

Voyons de plus près …

L’idée

Le projet naissant toujours d’une idée, Catherine a naturellement établi un croquis de l’ouvrage attendu. Le croquis montre les formes et les couleurs, et permet d’évaluer les difficultés à venir et à surmonter.

Le ciel, le soleil et la mer dominent au travers du bleu et du jaune. Elle s’est servie de la structure croisée pour représenter la voile d’un navire. Les couleurs en aplat permettent de rappeler les dessins de bande dessinée, valorisant le carnet à dessins.

Préparation des cahiers

Ensuite, elle a préparé les cahiers qui constituent le carnet à dessins. Du papier Canson assez épais est employé pour confectionner les cahiers. Chaque cahier est plié, assemblé et percé en prévision de la couture. La couture d’une structure croisée n’est pas habituelle, aussi il est nécessaire de travailler avec précision.

Découpe du cuir

La couverture de ce type de reliure est souple, alors qu’habituellement les couvertures sont cartonnées. Il est alors nécessaire d’employer une peau assez épaisse.

La couverture est composée de deux parties qui viennent se croiser, c’est ce qui donne le nom à ce type d’ouvrage. Pour se croiser, les deux parties sont constituées de franges. Les franges de la couverture du dos passent au-dessus de la couverture de devant, et inversement.

La couture

La couture est réalisée de telle manière que les cahiers soient cousus sur les franges de l’une des couvertures. En principe, la couture est visible et elle participe à la décoration du livre, il est donc nécessaire de réaliser une couture très régulière.

La finition

Pour finir, il est nécessaire de coller les deux couvertures entre-elles. Pour réaliser la forme de la voile, les franges sont taillées en forme de biseau.

Enfin, les petites décorations en cuir composées du soleil et des nuages sont collées.

Pour finir

Il restera à donner un titre à l’ouvrage, en tenant compte de la souplesse de la couverture. La dorure traditionnelle est une bonne solution sur du cuir épais, où il sera possible de faire une dorure profonde.

Si vous aussi, vous souhaitez réaliser un beau carnet à dessins, venez nous rejoindre à l’atelier. Alors à bientôt !

Et n’oublions pas de dire à Catherine : un grand “Bravo !”

Le matériel de reliure : la presse

Introduction

La reliure d’art artisanale que nous pratiquons dans notre association nécessite un matériel spécifique dont la qualité est souvent la clé de la réussite dans l’exécution des opérations de reliure d’un livre. Mieux connaître la technologie du matériel de notre atelier peut nous aider à mieux l’utiliser et peut être à en apprécier son évolution.

Le matériel de reliure : la presse

Les presses en bois de conception traditionnelle sont très utilisées (nous en possédons quatre) pour faire l’endossure, le rognage et la mise en presse. Si ce matériel est de bonne facture, la pression exercée pour la mise en presse est largement suffisante (1).

Ces presses sont constituées de :

trois éléments en bois : la mâchoire fixe, la mâchoire mobile et la traverse.
deux guides métalliques.
une vis et son écrou fixé à l’intérieur de la traverse.
La mâchoire fixe et la traverse sont solidaires, reliées rigidement et à distance par les deux guides.

Fonctionnement de la presse

Pour l’action de serrage, la vis reçoit un mouvement de rotation dans le sens horaire et en même temps un mouvement de translation puisque l’écrou est fixe. La vis pousse la mâchoire mobile vers la mâchoire fixe.

La mâchoire mobile doit se déplacer librement sur ses deux guides avec un minimum de jeu de façon à ce que les faces internes des deux mâchoires restent parallèles entre elles, notamment pendant l’opération d’endossure où le serrage doit être maximum au niveau des mors du livre. L’élément le plus sollicité pendant l’action de serrage est la traverse puisqu’elle reçoit la réaction des forces en son milieu, au niveau de l’écrou. Elle est d’autant plus vulnérable qu’elle a été évidée pour le logement de l’écrou et le passage de la vis. En conséquence la section de cette pièce en bois qui travaille à la flexion doit être renforcée. C’est l’élément qu’il faut surveiller pendant l’action de serrage important.

Ces presses sont généralement posées sur un châssis ou établi (fig. 1 & 2) selon trois positions :

Les avantages et inconvénients de la presse traditionnelle

L’avantage de ce genre de presse est qu’elles sont universelles. Leur principe de fonctionnement est bon, relativement facile à fabriquer. Il faut miser sur la qualité du bois, sa résistance mécanique à la flexion, une bonne dimension de la section des éléments en bois, un bon guidage de la mâchoire mobile.

Mais elle présente plusieurs inconvénients :

Première évolution du support de la presse : le chassis articulé

Nous possédons un appareil de reliure qui permet à la presse de tourner, sans effort physique, pour la placer dans chacune des trois positions citées précédemment. La presse de conception traditionnelle est enchâssée dans son établi spécifique. Ces deux éléments sont adaptés l’un à l’autre et ne peuvent pas être séparés.

Seconde évolution du support de la presse : le chevalet articulé

Un chevalet articulé a été inventé et fabriqué spécialement pour notre atelier de reliure. Le but de cette invention est de rendre possible l’orientation selon les trois positions ci-avant décrites, des presses de conception traditionnelle, de toutes dimensions pourvu qu’elles soient en bois. En éliminant tout effort physique, avec une grande sécurité, la rotation de la presse étant parfaitement équilibrée, sans balourd, sans risque de basculement intempestif.

Avec ce chevalet, la presse est indexée (mise en butée) dans chacune des deux positions horizontales. Un système de verrouillage permet de l’immobiliser dans chacune des trois positions horizontales et verticale. L’accessibilité est importante, c’est-à-dire que l’on peut la faire tourner même si des éléments importants sont serrés dans la presse.

Le chevalet comprend deux ferrures symétriques (fig. 6) destinées à être fixées par des vis à chaque extrémité de la mâchoire fixe de la presse. Chacune de ces ferrures porte un axe de rotation. Le sous-ensemble ainsi formé par la presse et ses deux ferrures vient se placer sur le chevalet, les deux axes des dites ferrures venant se loger dans les fourches des éléments plats du chevalet (fig. 6). Un système de blocage interdit tout mouvement à la presse, autre que celui de la rotation selon l’axe horizontal XX’. Deux butées limitent la rotation à 180°.

Le chevalet articulé comprend un système d’équilibrage destiné à contrebalancer le balourd dû à la conception de l’ensemble (fig. 6). Ce système est composé de deux contrepoids fixés sur les dites ferrures. Leur masse est adaptée au poids de la presse.

Le chevalet peut être réglé en hauteur (fig. 5) pour être adapté à la taille de l’opérateur. Le chevalet peut être ajusté pour recevoir des presses de tailles différentes, les traverses télescopiques (fig. 4) permettent cette adaptation.

Autres évolutions du matériel

La presse à relier de conception traditionnelle qui figure dans cette présentation a été adaptée spécialement pour réaliser les opérations d’endossure et de rognage, pour en faciliter leur exécution et obtenir une meilleure qualité de travail.

Le système d’endossure Kirl’inov

Ce système peut remplacer le marteau à endosser. L’endossure consiste à utiliser l’excédent de matière engendré par le fil de couture des cahiers pour former un dos arrondi ainsi que des mors pour « loger » les plats de couverture du livre. Elle se fait après l’opération de préparation, l’arrondissure. Une endossure bien faite évite le collage de plusieurs couches de papier pour rattraper les défauts de forme du dos. Ces couches successives ayant pour inconvénient de rigidifier le livre à l’ouverture. La presse à relier a été équipée du système spécifique d’endossure qui est une variante de l’appareil à relier portable Kirl’inov (2).

Ce système comprend un maillet spécifique à deux manches. Les deux surfaces de travail du maillet ont un revêtement antidérapant pour « accrocher » les cahiers. Un dispositif composé de deux sangles et de barres d’attache permet d’amplifier la force à exercer sur le dos du livre. Les sangles peuvent être enroulées autour des manches du maillet, elles peuvent se déplacer le long des barres d’attache.

Procédé d’utilisation :

Dans le cas où le livre est cousu avec des ficelles en relief (couture sur nerfs), il est possible d’agir entre les nerfs, pour former les mors du dos, en utilisant une surface plus étroite du maillet. Ce qui ne peut pas se faire avec le marteau d’endossure.

A suivre … l’opération de rognage des livres, la découverte d’un matériel innovant et le procédé d’utilisation.

Sources d’information de cet article

Photos Paul Besuelle - 2011 ©
Matériel et documentation : Kirl’inov ©

Notes :

(1) - Une presse peut exercer une pression de plusieurs centaine de kilogramme.
(2) - L’appareil est brevété et enregistré sous le N° 03-13627.

La reliure monastique

A l’origine, les livres étaient presque exclusivement fabriqués dans les monastères ; c’est là que pendant des siècles, se trouvaient réunis les savants, les érudits et certains artisans. Les manuscrits y étaient recopiés sur du parchemin (1) par un scribe copiste, quelquefois ils recevaient des peintures de l’enlumineur et passaient ensuite dans les mains du Ligator ou relieur, qui réunissait les feuilles et les reliait. La reliure de cette époque était primitive, et lorsqu’elle était soignée, elle servait surtout de support à de riches décorations effectuées par des bijoutiers, des émailleurs ou des orfèvres.

Jusqu’au XIIIème siècle, le livre était rare. Les XIIIème, XIVème et XVème siècles formèrent de véritables artistes, des orfèvres, des verriers, des sculpteurs, des dessinateurs et des architectes de grand mérite. Les plus beaux chefs-d’oeuvre du Moyen-Age et de la Renaissance attestent du génie humain et du développement des techniques et des arts. A cette époque, les premières universités ouvrirent leurs portes et très rapidement les étudiants commencèrent eux-aussi à recopier les livres jusqu’à ce que cela devînt un système très organisé : la pécia (2). Avec l’augmentation de la production de livres, la reliure devint une opération confiée à des artisans en ville : les relieurs ; ce fut le début d’une nouvelle profession. Les techniques de reliure se modernisèrent, car les relieurs travaillèrent à faire évoluer et standardiser ce qui se pratiquait depuis fort longtemps dans les monastères. En 1466, Gutenberg révolutionna l’imprimerie, un art vulgarisateur par excellence, qui permit de produire plus de livres.

Les reliures de cette époque, bien qu’elles soient en grande partie civiles, prennent la dénomination de reliures monastiques. Cette appellation désigne toutes les reliures datant des XIVème, XVème et XVIème siècles, cousues sur nerfs, estampées à froid, et souvent protégées par des ferrures.

L’environnement du relieur

Plusieurs principes guidaient les gestes du relieur du XVème siècle. Observons le contexte dans lequel il travaillait.

Les matériaux utilisés à la fabrication de livres étaient coûteux et relativement rares, aussi très souvent les relieurs réutilisaient, recyclaient et économisaient les matériaux. Certaines reliures furent réalisées en réutilisant les ais, les cuirs, les parchemins de livres plus anciens (3). L’inventaire des peaux utilisées par les relieurs montre que les animaux de la ferme étaient la principale source d’approvisionnement.

Il n’existait pas d’école d’artisan, ni de traité de reliure. Le relieur apprenait en observant les reliures monastiques qui lui étaient confiées pour réparation. Le plus souvent, le métier était transmis de maître en apprenti ou de père en fils.

Les savoir-faire, les techniques et l’outillage des autres métiers étaient la source de progrès pour les relieurs les plus curieux ; ainsi l’estampage à froid provient de l’imprimerie xylographique (4), les grandes presses à vis de la viticulture, etc.

Les cahiers de garde

Les cahiers de garde d’une reliure sont le premier et le dernier cahier du livre, ils participent à la solidité du livre en consolidant la charnière, c’est à dire là où les nerfs font subir le plus de contraintes aux cahiers composant le volume.

A l’époque, tout comme les cahiers de textes, les cahiers de garde étaient en parchemin, et cela continua tant que les ouvrages furent manuscrits. Lorsque le papier devint moins coûteux que le parchemin, les cahiers de garde furent réalisés en papier épais renforcés par une bande de parchemin, ce qui compensait la fragilité du papier.

Les cahiers de garde étaient cousus avec les cahiers de texte du volume et collés sur la couverture du livre.

La couture

Les nerfs (5) employés pour coudre les livres étaient en lanière de cuir ou en parchemin roulé, puis vers le milieu du XVème siècle en grosse et forte ficelle de chanvre ou de lin. Les nerfs en peau étaient le plus souvent fendus en deux et les ficelles étaient doublées. Ils passaient d’abord au-dessus du ais (6) puis venaient en-dessous se noyer dans l’épaisseur du bois, ils ressortaient à l’extérieur du ais en le traversant, où ils étaient bloqués par une cheville de bois, enfin la cheville et le nerf étaient coupés au ras du ais. La position et le nombre de nerfs ne suivaient pas de règle particulière : l’harmonie et le bon sens guidaient le relieur.

Les cahiers étaient cousus avec du fil de lin. La couture en chevron était la plus utilisée, elle fut inventée en mélangeant l’ancienne couture copte et la couture simple sur nerfs. Elle était très solide, mais aussi très longue à réaliser ; aussi, lorsque les dos des livres furent plus solides, la couture simple sur nerfs devint la norme.

Le dos

Au début du Moyen-Age, le dos était plat et il n’était pas encollé. Seule, la couture assurait la cohérence de l’ouvrage. Cette technique rendait le livre fragile et lorsqu’il était très utilisé, le dos se creusait et très souvent la couture cédait. Pour pallier à cet inconvénient, les relieurs prirent l’habitude d’arrondir le dos et ils le renforcèrent avec des clais en parchemin collées transversalement sur le dos et sur les ais. Le dos était ainsi renforcé, et la colle pénétrait légèrement entre les cahiers qui se trouvaient solidarisés.

Les anciens ne faisaient pas de mors, c’est une invention assez récente. Mais comme la couture fait monter le dos (7), les relieurs biseautèrent le côté du ais destiné à recevoir les nerfs.

La tranchefile

Initialement, la tranchefile avait plusieurs utilités : tenir la peau des coiffes à la hauteur des plats, maintenir entre eux le bord des cahiers et renforcer leur solidité. Dans son principe, la tranchefile était une sorte de nerf placée en tête et en queue du dos. Elle était composée d’un bâti en grosse ficelle fixé de la même manière que les nerfs sur les ais. Ce bâti était recouvert d’une lanière de cuir tressée ou de fil de lin naturel ou teinté, ce qui formait une sorte de broderie du plus bel effet, d’où elles tirent leur nom tranchefile brodée. La tranchefile brodée couvrait la coiffe, puis l’évolution des pratiques fit que progressivement ce fut la coiffe qui couvrit la tranchefile.

Les ais

Avant l’invention de l’imprimerie et l’usage important qu’elle fera du papier, les ais des livres étaient en bois. Au début du XVIème siècle, la production du papier en quantité suffisante permit de remplacer le bois par le carton (8). Bien que le papier était onéreux, le carton remplaça le bois pour deux raisons principales : la première est que le bois est plus sensible aux insectes xylophages qui souvent tracent des galeries au travers du volume, la seconde est que le bois est lourd et rend le volume moins facile à manipuler. Les ais de carton étaient composés d’une vingtaine de feuilles de papier collées les unes contre les autres, ensuite elles étaient pressées pour les aplatir et les égaliser.

Naturellement, il existait des reliures souples, elles furent le fruit de l’évolution des reliures coptes et méditerranéennes. Les plats ou cartons étaient composés de quelques feuilles de papier souvent couvertes de parchemin. Ce fut des reliures employées pour protéger les ouvrages courants ou administratifs.

La couvrure

Le plus souvent la couvrure (9) des livres était faite en peau tannée. Elle couvrait partiellement ou complètement les ais. Elle pouvait être teinte. Le parchemin était aussi très utilisé comme couvrure, car il présente l’avantage d’être très résistant.

Au XVème siècle, les relieurs anglais réalisèrent de très beaux livres couverts en tissu brodé, mêlant la soie et les fils métalliques d’or et d’argent. Parfois, les livres étaient couverts de tissus de velours ou de brocard.

La décoration

Les artistes qui avaient dessiné et gravé les splendides encadrements et miniatures des livres d’heures imprimés furent les pionniers de l’ornementation des reliures. En effet, ces artisans dessinaient et sculptaient des matrices en bois destinées à l’imprimerie, les relieurs s’en servirent pour l’estampage des reliures. On obtenait l’empreinte à l’aide d’une forte pression prolongée de la matrice sur une peau fortement détrempée. C’est de cette opération que provient l’expression de dorure à froid (10).

Ces blocs et motifs gravés sur bois ne restèrent pas longtemps en usage, car cette méthode était longue et souvent défectueuse ; les relieurs remplacèrent le bois par des fers en bronze. Les fers pouvaient être chauffés légèrement afin d’obtenir des marques plus régulières et plus profondes.

Généralement, au centre de ces décorations figurait un sujet représentant une scène des écritures saintes ou un épisode de la vie d’un saint, par exemple celui sous la protection duquel se plaçait ordinairement le relieur ou le propriétaire du livre, car la foi religieuse était alors très grande. Plus tard, les milieux des couvertures furent occupés par des portraits ou des blasons. Souvent, pour mieux orner les formats de grande dimension, ces sortes de miniatures étaient utilisées par deux et par quatre, soit en même motif, soit en composition.

Les encadrements sertis de filets étaient aussi quelquefois composés de petites miniatures religieuses et emblématiques, qui ressemblaient à de véritables marges imprimées prises dans les livres d’heures. Les encadrements étaient parfois accompagnés d’ornements courants, mêlés de devises, de fleurs de lys, de rinceaux, d’animaux chimériques et de motifs les plus divers.

Les plus intéressantes reliures estampées à froid des XVème et XVIème siècles, et les mieux faites, furent exécutées dans le nord de la France et surtout dans les Flandres. L’Allemagne et la Suisse en produisaient de grandes quantités, mais elles n’avaient ni dans leur composition ni dans leur abrication, la valeur des autres.

Les accessoires

Lorsque les bibliothèques ouvrirent au public, les livres furent présentés munis d’une chaîne qui les retenait à l’endroit où ils étaient rangés ; c’est ce que l’on appelle les livres enchaînés (11). Posés à plat ou debout les uns à côté des autres, ces livres étaient attachés dans des casiers, dont la tablette inférieure tenait lieu de pupitre pour y poser l’ouvrage qu’on souhaitait feuilleter. La chaîne était fixée en haut du ais du dos du volume.

Pour tenir le livre fermé, on y ajoutait des lanières rivetées sur des ferrures en acier, en bronze ou en laiton : le fermoir. Lorsqu’un ouvrage était susceptible d’être souvent consulté, on y ajoutait d’énormes cabochons en métal, qui l’isolaient et le préservaient de la tablette ou du lutrin.

Pour rendre le livre plus léger et moins massif, les ais en bois étaient amincis et biseautés, sauf dans les coins afin d’éviter que les ais ne se fendent trop facilement. Enfin, pour renforcer les coins des ais, le relieur ajoutait des ferrures de coins en fer, bronze ou laiton (12).

Eric Boulet - 07 novembre 2010

Les sources d’information de cet article

Conférences sur la reliure et la dorure des livres de 1896 - Léon Gruel
The archeology of medieval bookbinding - J.A. Szirmai - Edition Ashgate - 1999
Les tranchefiles brodées - Etude historique et technique - Bibliothèque nationale - 1989
Photos Eric Boulet - 2010 ©

Notes

(1) - Le parchemin était réalisé en peau de chèvre, de mouton, de veau ou de porc. La peau est trempée dans un bain de chaux, puis raclée pour enlever les restes de chaire et de poils. Enfin elle est amincie et blanchie avec une pierre ponce.
(2) - La pécia est un système de recopie des livres. A la mise en place de la pécia, des étudiants copiaient un livre entier ; puis devant l’augmentation de la demande de livres, des copistes (souvent aussi étudiants) recopiaient plusieurs fois la même page. Le système n’est pas sans poser des problèmes de qualité : perte de texte, enrichissement non-contrôlé et interprétation douteuse tendent à modifier ou erroner le contenu des ouvrages.
(3) - Aujourd’hui, le recyclage fait la joie des archéologues, les parchemins réutilisés dans les pages de garde permettent de découvrir des parties d’ouvrages aujourd’hui inconnus.
(4) - L’imprimerie xylographique à cette époque était un procédé pour imprimer des figures et principalement les cartes à jouer. Le motif à imprimer était gravé en relief sur une planche de bois. Puis la planche de bois était encrée pour imprimer le papier à l’aide d’une petite presse.
(5) - Le nerf est une composante de la structure du livre. Il assure la liaison entre les cahiers du volume et contrôle leur alignement. De plus, les nerfs servent à la fixation des couvertures, pour lesquelles ils assument le rôle de charnière.
(6) - Un ais est une planche de bois. En reliure, on utilise plusieurs ais : le ais de la couverture (aujourd’hui on utilise du carton et l’on parle des cartons pour désigner les ais des couvertures …) et les ais de travail qui protègent les ouvrages de tout marquage lorsqu’on les placent dans une presse.
(7) - Faire monter le dos : lorsque l’on coud les cahiers du livre entre-eux, le fil de couture passe au milieu du cahier, ce qui crée une sur-épaisseur. Ainsi, lorsque le livre est cousu, le dos est plus épais au niveau de la couture d’un quart jusqu’à un tiers de l’épaisseur de tous les cahiers. La montée du dos varie selon plusieurs critères : l’épaisseur du fil de couture et le type du papier. Par exemple, un livre en papier glacé ou en parchemin monte plus qu’un livre en papier journal ou en papier bouffant.
(8) - Même si elle n’est pas égale à celle du bois, la rigidité du carton est malgré tout assez forte pour servir à faire une bonne reliure.
(9) - La couvrure est ce qui recouvre le ais de la couverture. Les relieurs aiment bien tout ce qui est en “ure” : cousure, plaçure, couvrure, rognure, reliure, dorure, etc.
(10) - La dorure à froid désigne aujourd’hui toutes les décorations obtenues avec des fers à chaud et sans or ! La dorure “tout court” est la dorure effectuée avec des fers chauds et de l’or. Enfin, l’estampage est le fait de marquer le cuir à froid.
(11) - Ceci vous montre que le livre avait beaucoup de valeur, et que la confiance était loin d’être illimitée ! Plus tard, les grandes villes eurent aussi leurs bibliothèques et là, comme dans les abbayes, l’habitude d’enchaîner les livres se poursuivit pour les manuscrits et les volumes précieux. Au XVIème siècle, la bibliothèque de l’Université de Leyde avait encore tous ses livres enchaînés.
(12) - Il est aussi possible que des coins fussent renforcés par de simples pièces de bois.

Procédé de reliure artisanale ou de restauration des livres collés de façon industrielle

Introduction

La reliure industrielle, par collage, sans couture, est une méthode rapide et économique. Les feuilles du livre sont assemblées entre elles par un simple collage, le plus souvent sur la tranche du dos. Ce procédé de reliure engendre des inconvénients bien connus :

Pour transformer un livre collé de façon industrielle en une reliure de type traditionnelle avec un dos arrondi, gouttière, couvrure, etc… il est d’usage de constituer des cahiers pour, ensuite, exécuter l’opération de couture. Les feuilles sont assemblées 2 à 2 par le collage d’onglets. En plus d’être longue et fastidieuse, cette méthode provoque un inconvénient : le dos du livre devient très épais par la multiplication des onglets auxquels vient s’ajouter l’épaisseur du fil de couture. Nous nous trouvons alors avec un excédent de matière qui peut perturber la qualité de l’endossure.

Je vous propose ici la description d’une méthode de reliure plus simple :

Les opérations de reliure vont être réalisées en utilisant l’appareil à relier Kirl’inov[1] muni de ses accessoires spécifiques. Un exemplaire est utilisé à l’ Atelier de Reliure de Rochebonne[2] à Saint Malo.

Remarque : seules les opérations nouvelles vont être décrites ; les autres feront appel aux connaissances déjà acquises dans la pratique de la reliure traditionnelle.

Rognage du dos du livre collé

Méthode :

Préparation de l’appareil à relier

Réglage de la tablette en hauteur selon les règles graduées de façon à couper le minimum (juste l’épaisseur de colle)

Placer le livre dans l’appareil en appui sur la tablette,

Nota : le dos des livres collés prend souvent une forme en creux (concave). On peut essayer de réduire ce creux en procédant comme suit : serrer très légèrement la presse, tapoter sur les bords du livre pour les faire descendre en appui sur la tablette, puis serrer efficacement la presse.

Exécuter le rognage avec le fût à rogner Kirl’inov

Récupérer le dos de la couverture et le mettre de coté

Vérifier que toutes les feuilles sont libres et exemptes de colle .

Préparation des feuilles de garde

Méthode :

Couper 4 feuilles de garde et 2 feuilles de macule à la dimension exactes des plats de couverture

Couper 2 feuillets de garde plus grands que le livre

Dans chacun de ces 2 feuillets, former un “talon” qui aura pour fonction de former le mors du dos du livre lors de l’endossure.

Couper 2 bandes de carton : épaisseur 1 mm, largeur 1,5 mm

Encoller un talon sur les 2 faces (colle plastique) et le placer à la jointure du feuillet ouvert contre un ais pour avoir un appui.

Fermer le feuillet et serrer le talon

Nota : observer le résultat obtenu, ne pas élaguer ces 2 feuillets maintenant.

Encollage du dos

Méthode :
Important : toutes les opérations de passure en colle décrites ci-dessous, doivent se faire le plus rapidement possible, pour éviter que la colle ne prenne et empêche les feuilles de glisser les unes sur les autres pendant la manipulation expliquée ci-dessous.

Préparer 2 plaquettes, un serre-joint, de la colle plastique et un pinceau

Placer une des plaquettes au milieu du livre et en retrait du dos ; placer l’autre à l’extérieur, en retrait également et verser la partie enserrée. Eventuellement, utiliser un serre-joint pour maintenir la partie enserrée.

Observation : en couchant les feuilles de cette façon, une petite partie de leur plat se trouve à découvert ; en déposant de la colle sur cette partie, les feuilles vont être collées les unes aux autres lorsque l’on va les remettre dans leur position initiale; c’est ainsi que l’on va obtenir un collage efficace, un dos arrondi et souple à l’ouverture.

Déposer la colle plastique sur cette partie avec application, éviter absolument les bavures de colle

Enlever les plaquettes

Placer une plaquette à l’extérieur du livre et verser la totalité du livre

Déposer la colle sur la partie restante

Refaire les 2 opérations précédentes en versant le livre de l’autre coté

Enserrer le livre entre les 2 plaquettes légèrement en retrait et presser l’ensemble à l’aide d’un serre-joint.

Important : avant le serrage définitif pour le séchage de la colle, veiller à la bonne symétrie du dos (comme indiqué dans l’étape “Contrôle de l’alignement des feuilles” lors de la “Préparation pour l’encollage du dos”). La photo ci-contre montre que le livre est penché d’un côté ,en l’occurrence vers la droite ,ceci est volontaire et dans le but d’obtenir une forme régulière du dos.

Laisser sécher dans cette position pendant une bonne heure, la colle ne doit plus coller aux doigts

Mise en place des 2 derniers feuillets de garde

Méthode :

Sortir le livre de la presse

Important : ne pas ouvrir le livre à ce stade, la colle n’ayant pas encore atteint sa résistance maximum.

Déposer un fin liseré de colle sur le bord du dos et ajuster le cahier de garde à sa place

Rappel : sa dimension est supérieure à celle du livre (voir l’étape “Préparation des feuilles de garde”)

Répéter la même opération de l’autre coté ; laisser sécher environ ¼ d’heure.

Endossure

Méthode :

Cette opération consiste uniquement à confirmer ou marquer les mors

Equiper l’appareil Kirl’inov de ses 2 mâchoires métalliques

Serrer le livre dans la presse selon la méthode habituelle

Confirmer ou serrer les mors, soit en utilisant le maillet Kirl’inov, soit par un léger martelage. Ne pas agir sur le sommet du dos du livre

Mise en place des rubans et de la mousseline

Méthode :

Placer le livre entre les mâchoires de la presse et serrer légèrement

Enduire le dos de colle plastique

Placer les rubans

Et des morceaux de mousseline entre les rubans

Enduire généreusement la totalité du dos de colle

Couvrir le tout par une 2ème couche de mousseline

Enduire à nouveau de colle et masser à l’aide d’un frottoir ou du doigt

Laisser sécher le livre dans cette position pendant plusieurs heures.

Nota : la colle plastique obtient son maximum de résistance après plusieurs heures de séchage, ainsi, le dos, colonne vertébrale du livre a plus de chance de garder définitivement la forme qu’on lui a donnée au moment de son façonnage.

Opérations suivantes

Méthode :

Elaguer les 2 derniers cahiers de garde et faire le rognage de la tranche de tête .

Exécuter les tranchefiles, au choix en peau ou en soie selon la méthode traditionnelle.

Nota : si les tranchefiles sont en peau, il est possible d’enlever un peu de mousseline à leur endroit, de façon à éviter une sur-épaisseur après le collage.

Comblage du dos et ponçage.

Préparation et mise en place des plats de couverture en carton. Selon la méthode traditionnelle, exécuter dans le carton un logement pour le ruban du côté externe et du côté interne.

Important : avant de coller définitivement les rubans pour attacher les plats, prévoir une réserve d’épaisseur pour les gardes de couleur, en plaçant une carte bulle sous les plats, au moment du collage.

L’utilisation du dos de la couverture mis de côté est laissée au libre choix du relieur : l’utiliser comme un marque-page, le coller sur la dernière feuille de garde (avec un comblage), etc

Le reste des opérations pour finir le livre font appel aux connaissances déjà acquises de la reliure traditionnelle, elles ne sont donc pas décrites dans cette notice.

Contacter l’atelier

Atelier de Reliure Rochebonne
Pôle Surcouf
19 rue de la Chaussée
35400 Saint-Malo
Tel. 07 68 35 50 46

atelier.reliure.rochebonne@gmail.com

Site ami : Frapperie (plaques laiton & cuivre artisanales)